J‘ai passé ces sept dernières années devant un miroir, sans vraiment me regarder, plutôt recherchant quelqu’un. Comme si, à force de se regarder, de se débattre devant ce miroir, de se rouler en boule, de trépigner, de courir, de pleurer, de hurler, d’avaler, de se vider, je trouverais cette créature.
Créature dont le visage et le corps changent selon l’état d’esprit, créature qui n’est qu’une image sans vie, qui ne sourit pas, ne pleure pas, ne bouge pas, froide comme la pierre. Créature de mode, qui prend la pose.
Créature a fait quelques apparitions éphémères dans mon ventre creux, dans mon esprit inerte, dans mon corps que la vie voulait quitter, lorsque je vivais dans l’immobilité.
Mais dès lors que le mouvement propre à la vie est revenu en moi, autour de moi, Créature a disparu. Parce qu’elle n’existe que dans l’immobilité, l’inertie et fuit au moindre geste.
J’ai cherché Créature dans le miroir, de toute mes forces, vainement. Parce que tout ce que je voyais, lorsque Créature était absente, ne lui ressemblait pas du tout. Je n’aimais pas la chose que je voyais, sa forme était moins gracieuse, moins fine, sa matière moins délicate que celle de Créature. En plus, elle se mouvait, et mon regard n’était pas habitué à voir autre chose que des poses. Il y a vait trop de tout dans cette chose.
Je ne voulais pas voir ça. Je cherchais Créature. Alors j’ai vu que je pouvais punir la chose, en privant mon corps. Pourquoi punir ? Parce que que la chose avait piqué la place à Créature, sans crier gare, et je lui en voulait. Je la détestait.
Au fil des mois, j’ai identifié mon corps comme étant la chose, comme si la punition les avait fondu ensemble. Je suis devenue complètement étrangère à mon corps, la chose, mais en même temps, j’étais coincée dedans. Coincée dans un corps étranger.
Je ne sais pas ce qu’il en sera de demain, ni même ce que tout cela signifie. Mais aujourd’hui, j’ai regardé dans le miroir, et je n’ai plus cherché à apercevoir Créature. J’ai posé mon regard, las de mes combats, sur la chose. Enfin, je pensais trouver, comme d’habitude, la chose. Mais au lieu de ça, aujourd’hui, je me suis vue.
Clothilde A.